La photo est devenue l’argument phare utilisé par les constructeurs pour se différencier. Apple y consacre une bonne partie de ses keynotes, Huawei a construit une unité de recherche commune avec Leica à Wetzlar (Allemagne), Motorola développe des modules optionnels… La concurrence est rude et chaque marque tente de s’imposer que ce soit par le biais de capteurs spéciaux ultra rapides (Dual Pixel de Samsung), d’optiques de grande qualité (HTC) ou d’intelligence artificielle (Huawei).

A chaque itération, les constructeurs repoussent de nombreuses limites. Qu’elles soient imposées par la physique (l’espace notamment), par le coût des composants ou encore par les usages des utilisateurs (« utilisent-ils vraiment le second module caméra ? »). Ces limites forcent les constructeurs à chercher toutes les voies d’amélioration possibles : puisqu’on ne peut pas (encore !) intégrer de très grand capteur, on en met deux… voire trois ! Aux commandes de ces modules photo, des processeurs toujours plus puissants et intégrant des éléments 100% dédiés à la photo, ainsi que des algorithmes de plus en plus rapides et subtils dans le traitement des images. Cette débauche de puissance est impérative, puisque le nombre de pixels à gérer ne cesse d’augmenter. Une augmentation moins liée à la hausse de la définition des capteurs qu’à l’augmentation du nombre de ces capteurs.

2018, l’année du double module caméra

Si l’année 2017 était celle de l’amélioration de l’autofocus, 2018 sera celle du double module caméra : sur notre sélection originale de 15 terminaux, un seul n’intégrait qu’un seul module – le Sony Xperia XZ2. A l’autre bout du spectre, le Huawei P20 Pro intègre 3 modules caméras pour une définition combinée de 68 Mpix (40 +20 + 8) !

Cette adoption massive a été rendue possible par la prise en charge native de ces deux modules caméra directement au sein des SoC. On dit ici un grand merci à Qualcomm et ses Snapdragon (ici 450, 636, 835 ou 845) qui motorisent l’essentiel de la compétition ! Cette évolution technique a permis aux constructeurs de se différencier de leurs concurrents dans leur manière de gérer les modules.

Double module : grand angle, téléobjectif ou assistant ?

Intégrer deux modules caméra c’est bien, mais pour quoi faire ? Il existe en gros trois écoles : intégrer un ultra grand-angle (LG, Asus), un téléobjectif (Apple, Samsung, Huawei pour son P20 Pro) ou traiter le second module comme une béquille numérique (qualité d’image, zoom numérique amélioré, mesure de la profondeur pour effet bokeh). Cette dernière approche est désormais réservée aux terminaux les moins chers et/ou complexes, la plupart des constructeurs voulant offrir au moins une focale différente au grand-angle traditionnel.

La seule exception étant le Huawei P20 Pro qui propose à la fois un téléobjectif et une béquille numérique. Et pour cause : avec ses trois modules, il est le premier appareil à pouvoir prétendre faire du visual computing.

L’arrivée du visual computing

Il est un appareil qui se tient un peu au-dessus du lot de la compétition. Pas uniquement en termes de performances pures – et encore, ses clichés basses lumières sont tout bonnement ahurissants ! – mais dans son approche bien plus novatrice : il s’agit du P20 Pro de Huawei. Outre le fait qu’il intègre non pas deux mais trois modules caméra et qu’il dispose d’une puce « d’intelligence artificielle » (particulièrement débile, soit dit en passant), il est surtout le premier terminal à investir le terrain du « visual computing », c’est-à-dire à s’appuyer sur plusieurs modules de manière simultanée pour produire une image fortement « recalculée ». Pour comprendre, il suffit de rappeler que l’appareil intègre trois modules de 20 Mpix, 40 Mpix et 8 Mpix mais que par défaut, quelle que soit la définition d’image, les photos Jpeg produites offrent une définition de… 10 Mpix !

Si l’intégration n’est pas encore 100% parfaite (on sent la bascule du capteur grand angle au téléobjectif après deux petites seconde d’activation du zoom), Huawei prend de l’avance sur la compétition et propose avec son P20 Pro, non seulement une excellente qualité d’image en plein jour, mais surtout des performances d’un autre monde en photo de nuit. Qu’on le veuille ou non, vu les contraintes physiques du monde des smartphones, ceux-ci vont devoir se convertir massivement au visual computing en accumulant de plus en plus de modules caméras. Une évolution qui va laisser quelques constructeurs sur le carreau. Et qui va faire mal aux appareil photo experts et autres reflex/hybrides d’entrée de gamme. Un coup d’épée de plus dans le marché des « vrais » appareils photo est à prévoir…

Tout est logiciel… donc tout est donc temporaire

Voici une anecdote qui met bien en lumière l’importance du logiciel : un peu avant le lancement du Huawei Mate 10 Pro, la préversion que nous avons reçu s’est avéré mauvaise en photo. (Lire « Comment une mise à jour a sauvé la qualité photo du Huawei Mate 10 Pro »). Deux semaines et une grosse mise à jour après, l’appareil était transformé : AF rapide, meilleure détection des sujets, couleurs plus naturelles, moins de bruit numérique en basses lumières, etc. Un « simple » changement du logiciel et l’appareil est passé de zéro à héro. Preuve, s’il en fallait une, que le logiciel y est pour beaucoup dans les qualités et performances des modules caméra.

La leçon à retenir pour ce Top 10 c’est qu’il est valable à un instant T et que quelques mises à jour plus tard, il peut être remanié, parfois en profondeur.

Autofocus : l’encadrement comparatif

Depuis la version « été 2017 » de ce Top 10, la procédure de test est de réunir tous les compétiteurs au même moment, et de les confronter un encadrement comparatif. On prend les téléphones A et B face à une scène, un dans chaque main et on évalue sur plusieurs shoots (sur notre mire éclairée et, dans notre dos, dans le bazar sombre de notre stock) lequel des deux est le plus rapide. Ce début de hiérarchie établi, on prend un terminal C que l’on confronte à A et B. Vient ensuite un terminal D que l’on confronte aux autres, etc. A la fin de l’exercice, on se retrouve avec une suite de terminaux posés à nos pieds, le plus à gauche étant le plus rapide, le lambin de la sélection occupant l’extrême droite. Vient une vérification de la hiérarchie en confrontant 1 à 2, 2 à 3, etc. et la confrontation aléatoire où l’on prend par exemple le 2e et le 8e et où l’on vérifie que le résultat est cohérent.

Un test empirique qui nous a donné entière satisfaction : depuis que nous procédons ainsi, nous vous offrons un test « réel » à périmètre logiciel constant (tous les terminaux sont testés le même jour, sans les doutes causés par des mises à jour arrivées deux mois après le test initial de l’appareil).

LE GRAND TEST

Nous avons classé les smartphones et leur avons attribué des points en fonction de leur classement dans chaque test : le 10e a 10 points, le 9e marque 9 points, etc. A la fin on obtient un classement basé sur la somme inverse des points : moins un appareil a de points, plus il est haut dans le classement.

Le meilleur terminal est donc celui qui marque le moins de points !

Au cas où vous souhaiteriez vous faire votre propre idée et évaluer la qualité des photos selon vos propres critères, n’hésitez pas à vous rendre sur notre album Flickr où vous pourrez visionner et télécharger les images de test en pleine définition.

Une dernière précision : être équipé du meilleur smartphone de la compétition ne fera pas de vous un meilleur photographe. Seuls comptent l’œil, le timing et le travail. Il nous faut donc écouter la sagesse des anciens : «Photographier, c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur.» (Henri-Cartier Bresson).

10. Asus Zenfone 5Z

Asus arrive, depuis quelques années maintenant, à se maintenir dans le top 10 photo des smartphones. Sans être la marque de choix des photographes, Asus a toujours essayé de ses démarquer que ce soit par le zoom périscopique (un échec) ou ici avec son second module caméra. Plutôt que d’opter pour un téléobjectif, le taïwanais a fait le choix de la focale ultra grand-angle façon LG. Mais le module caméra d’Asus est de bien meilleure qualité : c’est un bon choix pour les amateurs de paysages. Il est logiquement en retrait en qualité d’image pure et en AF, mais il a tout à fait sa place dans ce top 10. Précisons enfin qu’Asus prévoit une mise à jour importante cet été pour améliorer la qualité photo. Affaire à suivre.

Prix constructeur : à partir de 599  €
Lire le test complet de l’Asus Zenfone 5Z

09. Honor 10

La force du Honor 10 c’est son autofocus : si sa qualité d’image et sa gestion du bruit numérique sont, logiquement, en retrait par rapport aux terminaux bien plus chers (il ne coûte que 399 €), il est en revanche super réactif. Il est le 3e appareil le plus rapide en plein jour et le 5e en basses lumières : une excellente performance au vu de son prix. Son mode IA est aussi, de manière surprenante, bien plus malin que celui du P20 Pro (jusqu’à la prochaine mise à jour de ce dernier ?). Un appareil aussi joli qu’accessible financièrement.

Prix constructeur : 399 €
Lire le test complet du Honor 10

08. Nokia 8 Sirocco

Nokia est bien de retour ! Comme « au bon vieux temps », la marque finlandaise retrouve sa place dans le Top 10 de la photo, notamment grâce à un autofocus de bonne composition et une interface logicielle efficace. Héritant des anciens ingénieurs de Nokia et Microsoft (les bureaux de HMD qui détient les droits de la marque en téléphonie sont juste en face de ceux de Nokia en Finlande…), ce smartphone livre un traitement des couleurs plus chaud que chez la concurrence asiatique. Dommage que son prix soit si élevé : le OnePlus 6 et le Xiaomi Mi Mix 2S sont plus performants et moins chers.

Prix constructeur : 799 €
Lire le test complet du Nokia 8 Sirocco

07. Apple iPhone 8 Plus

Faisant quasi jeu égal avec son grand frère l’iPhone X – l’AF de ce dernier est un poil plus rapide – l’iPhone 8 Plus est un terminal solide en photo avec notamment d’excellents résultats… en basses lumières ! De manière étrange, les deux iPhones offrent un AF et un traitement d’image moyen en plein jour, mais ils sont tous les deux champions de la mise au point en basse lumière et leur bruit numérique est très maîtrisé. Les couleurs et la finesse des détails sont par contre bien en retrait : les rouges sont fortement désaturés et le traitement d’image manque de finesse.

Prix constructeur : à partir de 919 €
Lire le test complet de l’Apple iPhone 8 Plus

05 ex aequo. Apple iPhone X

Frère quasi jumeau de l’iPhone 8 Plus, il ne diffère techniquement de celui-ci que par la meilleure luminosité du second module caméra (f/2.4 sur l’iPhone X contre f/2.8 pour l’iPhone 8 Plus). Dans les faits, la seule toute petite différence remarquable est un AF un soupçon plus véloce sur l’iPhone 10. Champion de la mise au point en basses et très basses lumières – il est le premier de la compétition dans ce domaine – il n’offre malheureusement pas la meilleure qualité d’image de la compétition. La faute à un traitement d’image qui lisse trop les détails et manque de finesse.

Prix constructeur : à partir de 1159 €
Lire le test complet de l’iPhone X

05 ex aequo. OnePlus 6

Dernier du précédent Top 10 avec son 5T, OnePlus progresse bien avec ce OnePlus 6. Si la base technique est similaire – double module caméra de même focale, le second module servant de béquille numérique au premier – la partie logicielle est meilleure. Bien meilleure : l’AF est bien plus percutant, les défauts optiques (aberrations chromatiques) absents et les couleurs justes avec ce qu’il faut de chaleur. L’autofocus est toujours le point un peu faible du terminal, mais cela reste largement satisfaisant pour un usage normal. Quoi que limité en grand angle, on note que le mode portrait (arrière-plan flou généré de manière logicielle) offre un très bon rendu. Et on apprécie aussi le prix très modéré de l’appareil : il fait jeu égal avec l’iPhone X qui coûte deux fois plus cher !

Prix constructeur : à partir de 519 €
Lire le test complet du OnePlus 6

04. Xiaomi Mi Mix 2S

Voici LA grosse surprise de ce Top 10 ! Pour ne rien vous cacher, nous n’en attendions pas grand-chose, nous pensions même que parmi les 15 terminaux de test, il ferait partie des 5 appareils recalés. Loin de là : le Xiaomi Mi Mix 2S offre l’une des meilleure qualité d’image en plein jour, juste derrière le HTC U12+ et devant Samsung et consorts. Le niveau de détails est impressionnant, de même que la finesse des détails ou encore l’homogénéité de l’optique – il a le meilleur classement sur notre mire de test ! Il ne s’agit pas d’un échantillon truqué – nous avons longuement vérifié – mais tout simplement d’un coup de génie de la part de Xiaomi qui conçoit effectivement d’excellents produits. La marque a encore des progrès en matière d’autofocus (7e seulement) et de traitement d’image en très basses lumières. Mais la qualité d’image générale – notamment le naturel des couleurs – est vraiment impressionnante, surtout à ce prix !

Prix constructeur : à partir de 499  €
Lire le test complet du Xiaomi Mi Mix 2S

03. HTC U12+

Fidèle à sa réputation depuis le U11, HTC est au top de la qualité d’image que ce soit en plein jour, sur mire, en haute ou en basses lumières. Son défaut ? Un autofocus neurasthénique – c’est le plus mauvais terminal dans ce domaine, de jour comme de nuit. Si la partition est loin d’être catastrophique – il s’agit d’un classement et non de notes – il faut tout de même le garder en tête si vous êtes un photographe de rue, de bébés ou de chiots surexcités. Mais si vous êtes à la recherche du piqué d’image absolu et de la meilleure qualité optique, le U12+ est le meilleur de la compétition.

Prix constructeur : à partir de 809 €
Lire le test complet du HTC U12+

02. Huawei P20 Pro

Jusqu’ici habitué des dernières marches (il n’avait jamais dépassé la 7e place), Huawei marque avec son P20 Pro son arrivée parmi les grands de la photo. L’entreprise chinoise est non seulement à l’écoute de toutes les critiques – nous avons déjà rencontré ses ingénieurs qui prennent des notes de chaque grief – mais en plus elle a ici développé un appareil réellement différent de la compétition (lire Le Huawei P20 Pro peut-il remplacer votre appareil photo en vacances ?). Ses trois modules caméra de 40 Mpix, 20 Mpix et 8 Mpix qui produisent, au final, des images de 10 Mpix par défaut sont la démonstration magistrale de ce que promet le visual computing. Sans réelle faiblesse, le P20 Pro offre un traitement d’image parfois un peu trop prononcé (lissage), mais toujours efficace. Le mode IA est pour l’instant complètement nul mais les fonctions comme la photo de nuit (4s d’exposition pour une photo nette même sur les sujets mobiles !) sont redoutables ! Et en plein jour, son équivalent 80 mm f/2.8 offre les portraits les plus resserrés et les plus intéressants de la compétition.

Prix constructeur : à partir de 899 €
Lire le test complet du Huawei P20 Pro

01. Samsung Galaxy S9+

Très bon sur toute la ligne, le Galaxy S9+ n’a aucune vraie faiblesse – hormis l’interface logicielle de son application photo, trop nerveuse : on change trop souvent de mode sans le vouloir. De très loin l’appareil le plus rapide de la compétition, c’est aussi le prince des basses lumières : non seulement il ne rate pas la mise au point, mais en plus l’image est nette et sans trop de bruit numérique. Très classique dans l’approche et pas aussi novateur qu’un P20 Pro, il s’impose par la grande maîtrise électronique de Samsung, notamment en matière de capteur avec le fameux Dual Pixel. Une technologie qui permet à Samsung de prendre la tête de nos top 10 Photo depuis le lancement du… Galaxy S7 ! Si vous cherchez un appareil un poil plus grand et doté d’un stylet, le Galaxy Note 8, numéro 1 du précédent Top 10, est aussi performant dans la plupart des situations.

Prix constructeur : à partir de 959 €
Lire le test complet du Samsung Galaxy S9+

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